Terme polonais désignant à la fois un spectacle de marionnettes joué au temps de Noël et le dispositif scénique où le jeu prend place. On dit aussi « szopka traditionnelle » pour la distinguer de la « szopka satirique », plus récente. Répandu surtout au XIXe siècle, le terme, apparenté à szopa (étable) et à stajenka (mangeoire), est donc très comparable au français crèche (étymologiquement, mangeoire) et joue un rôle analogue dans la narration et la symbolique chrétiennes, où il désigne le premier berceau de Jésus à Bethléem. Anciennement, l’autre nom de la szopka était jasełka, apparenté également à źobek (auge ou mangeoire).

La szopka représente la naissance et l’adoration de l’Enfant Jésus, avec les appels des anges, l’hommage rendu par les bergers et les offrandes apportées par les rois mages, à quoi s’ajoute une galerie de personnages figurant les divers états, professions et groupes ethniques qui se rendent auprès de l’Enfant pour l’honorer de leurs danses et de leurs chants, échangeant des dialogues versifiés et rimés, parfois parodiques, dédaignant toute narration suivie. Un thème constant de cette Nativité est l’hostilité du roi Hérode, qui finit, décapité, par être traîné en enfer. Sa structure textuelle relâchée est conforme à bien des œuvres médiévales, où se côtoient morale austère et verve grivoise. Les plus anciens textes datent de la moitié du XIXe siècle et attestent une vitalité accrue du genre, qui absorbe et assimile d’autres formes, telles que cantiques, chansons populaires, fragments de pièces de théâtre à thèmes nationaux ou patriotiques, dont les motifs et les thèmes diffèrent toutefois en fonction de la région d’origine.

C’est au plus tard dans la seconde moitié du XVIIe siècle que la szopka apparut sous la forme d’un spectacle mobile de marionnettes (le vertep ukrainien était connu à la fin du XVIe siècle). Les sources du XVIIIe siècle indiquent qu’à cette époque, l’acception du terme était triple : spectacle domestique organisé et joué, pour leur plaisir, par les membres de la maisonnée ; spectacle payant donné par des montreurs spécialisés dans le cadre privé ; spectacle public donné par des professionnels dans un local loué à cet effet.

La scène pouvait être une construction à un seul niveau, la mansion, ce qui correspond aux sources iconographiques les plus anciennes – une gravure de K. W. Kielisiński datant de 1837 représente une szopka avec un long proscenium où les marionnettes étaient guidées par un sillon reliant les deux tours entre lesquelles était placée la crèche –, ou bien une construction à plusieurs niveaux, du type qui se répandit à Cracovie dans la seconde moitié du XIXe siècle, richement ornée et illuminée. Les tours-clochers furent présentes dès le début, sans doute en référence à l’architecture religieuse. Les marionnettes de szopka (appelées kukiełka ou marottes, au XXe siècle dans le contexte de la jasełka) étaient des figures aux membres inanimés, manipulées par en-dessous au moyen d’une tige. Des ensembles spécialisés, constitués d’abord de desservants des églises, puis d’artisans et de saisonniers, montaient ces spectacles aux temps de Noël et du carnaval. Les représentations traditionnelles se raréfièrent au cours du XXe siècle et cédèrent la place, surtout dans la première moitié du XXe siècle, à la szopka satirique (celle notamment du Zielony Balonik, cabaret artistique en Cracovie, à partir de 1906) et aux théâtres de marionnettes, lesquels, surtout après 1956, revinrent à la tradition des jeux de la Nativité.

L’origine de la szopka a donné lieu à deux hypothèses concurrentes. Selon la première, elle dérive des mystères joués à Noël, selon une tradition inaugurée par saint François en 1223, quand l’Église organisait des processions vers le lieu symbolique de la naissance de Jésus. La seconde la rattache à l’architecture de l’autel portatif médiéval, au retable et à l’évolution de sa fonction théâtrale, du tabernacle au spectacle de curiosités.

(Voir aussi Nativité, Pologne.)

Bibliographie

  • Jurkowski, Henryk. “Komunikat o stanie hipotezy” [Information sur l’État de l’Hypothèse]. Teatr Lalek. No. 4. Łódź: POLUNIMA, 1989.
  • Jurkowski, Henryk. “Z badań nad genezą szopki” [De la Recherche sur l’Origine de la Nativité]. Literatura ludowa [Littérature folklorique]. No. 2. Wrocław, 1978.
  • Szałapak, Anna. Szopka krakowska jako zjawisko folkloru krakowskiego na tle szopki europejskiej. Studium historyczno-etnograficzne [La Nativité de Cracovie. Une création du Folklore cracovien sur l’Arrière-plan du Phénomène européen]. Kraków: Muzeum Historyczne Miasta Krakowa, 2012. (En polonais, avec résumé en anglais)
  • Waszkiel, Marek. “Szopka”. Dzieje teatru lalek w Polsce (do 1945) [Histoire du Théâtre de Marionnettes en Pologne (jusqu’en 1945)]. Warszawa: IS PAN, 1990.[S]
  • Wierzbowski, Ryszard. O szopce. Studia i szkice [Sur le Szopka. Essais et Esquisses]. Łódź: POLUNIMA, 1990.[S]