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Marionnette à fils, la Birmanie / Myanmar. Don de Mary Decker, Northwest Puppet Center. Photo: Dmitri Carter

Myanmar

La Birmanie (officiellement Union du Myanmar, en birman : Pyidaunzu Thanmăda Myăma Nainngandaw) est située en Asie du Sud-est Asia, entre la Chine et l’Inde. Le pays est notamment peuplé de Birmans, de Môns, de Chans, de Karens. Le bouddhisme y est majoritaire, mais la croyance aux nat, esprits de la religion animiste, reste vivace.

Le théâtre de marionnettes traditionnel (yoke thay) date du XVe siècle. Après avoir atteint un maximum de popularité au XIXe siècle, il céda du terrain à des spectacles plus légers.

Les marionnettes

Un ensemble de marionnettes compte au moins vingt-huit personnages. Les décors comprennent, par exemple, un trône et des fonds peints représentant le lieu de l’action, forêt ou palais. Les personnages sont des humains, des animaux ou des êtres mythiques. Chacun possède sa manière propre de danser, accompagné d’instruments de musique et de chants (on dit que les danseurs humains ont calqué leurs mouvements sur ceux des marionnettes).

Une marionnette humaine se compose de dix-huit pièces : la tête, le cou, deux pour le corps, trois pour chaque bras, quatre pour chaque jambe. Les fils, généralement au nombre de onze, sont divisés en deux groupes : cinq, attachés à un contrôle en « H », animent la tête, les épaules et la croupe, tandis que les six autres, qui flottent librement sur le contrôle, animent les avant-bras, les cuisses et les mains. Fait remarquable, elles sont munies d’organes sexuels, mais dissimulés par le vêtement. Le corps, haut de 45 à 70 centimètres, est façonné dans des bois résistants mais légers et faciles à travailler, comme le yamanay (Gmelina arborea).

La tête, les mains et les pieds sont sculptés et peints, après quoi les différentes parties du corps sont assemblées. Les fils sont alors fixés au contrôle et, dernière étape, le personnage est revêtu des habits et doté des attributs qui lui sont propres. Des figures plus petites sont vendues comme souvenirs dans les boutiques des temples.

Le spectacle

Le nom ah myint thabin, « spectacle haut » s’explique par le fait que les marionnettes évoluent au-dessus du sol (et non à son niveau, comme les spectacles de danseurs humains ou ah naint thabin). Les manipulateurs, sur une plate-forme située derrière une rampe, ne laissent voir que leur buste derrière un rideau peint devant lequel les marionnettes sont animées, et derrière lequel on range les personnages qui ne participent pas à l’action en cours. Le spectacle dure généralement toute la nuit. Une compagnie comprend les manipulateurs, des chanteurs et des instrumentistes.

Le début du spectacle commence avec l’apparition de Thagyar Min, roi des esprits (nat), et du Médium (Natkadaw) qui fait allégeance au Bouddha et aux nat. Puis interviennent de nombreux personnages représentant la Création du monde (Himavunta) : le Cheval blanc, le Singe et les deux Ogres (l’ogre de la Ville et celui de la Forêt), Zawgyi le magicien, l’aigle Garuda et Naga le dragon, respectivement le Soleil et le Serpent mythologiques (la terre et les eaux souterraines) qui se combattent. Après le chaos de la Création, l’ordre est introduit par la fondation du Royaume, avec des personnages tels que le Prince et la Princesse, les Ministres, l’Astrologue royal, les Pages et les Bouffons. La seconde partie du spectacle met en scène un jâtaka (« naissance »), nom donné aux 547 histoires racontant les vies antérieures du Bouddha et dont la dernière dizaine est souvent exploitée par les spectacles de marionnettes. Toutes sortes d’aventures y mêlent rois, princes et princesses, ermites et sages. Chaque jâtaka symbolise une vertu particulière : honnêteté, sagesse, amour filial, etc. Le dénouement en est impérativement heureux, voyant la vertu récompensée et le mal, châtié. Le spectacle se termine sur un duo, très apprécié du public, unissant le Prince et la Princesse. Ces deux derniers et le Natkadaw sont des marionnettes dansantes que seuls les meilleurs marionnettistes peuvent manipuler.

Les interprètes, qui chantent ou déclament les textes des rôles les plus complexes, comme le Prince et la Princesse, sont assis près des marionnettistes. Ils doivent posséder plusieurs styles de chant, une large connaissance de la littérature, notamment poétique, et savoir enchaîner les dialogues sans heurt.

L’orchestre (hsaing-waing) qui accentue les moments dramatiques, consiste principalement en un ensemble de tambours accordés et de métallophones soutenus par des hautbois et diverses percussions (tambours, cymbales, claquoirs et wood-block). Une sorte d’ouverture est jouée avant le spectacle. La destruction et la recréation répétées du monde par le feu, le vent et l’eau sont restituées par la percussion d’un gong suspendu, par des coups de cymbales et par de rapides battements de tambour.

L’avenir

Dans la Birmanie détachée du Commonwealth et devenue indépendante en 1948, les ensembles traditionnels de marionnettes se raréfièrent, même quand le régime militaire (à partir de 1962) eut exprimé, avec des sous-entendus politiques, son intérêt pour cet art. Cependant, l’ouverture du pays au tourisme a suscité, chez les Birmans eux-mêmes, un retour en faveur de la marionnette traditionnelle.

Heureusement, de nombreux vieux marionnettistes sont toujours actifs et transmettent leur savoir à la jeune génération. Parmi ceux-ci, il faut mentionner U Pan Aye (Mandalay), U Thun Gyi (Yangon, anciennement Rangoon) et U Maung Hla (Bagan ou Pagan). U Pan Aye (surnommé « Baba ») est la vedette du Théâtre de Marionnettes de Mandalay, construit spécialement à l’intention des touristes, et dont les spectacles ne durent qu’une heure à peu près. U Maung Hla (« Zawgyi Pyan ») joue sur une petite scène dans la cour de sa maison à Bagan. La jeune génération a aussi adopté la formule des dîners-spectacles dans les hôtels touristiques. Le Théâtre de Marionnettes de Mandalay s’est produit régulièrement à l’étranger avec succès et, en Birmanie même, ses représentations, notamment à l’occasion de fêtes religieuses, sont plus fréquentes.

Malgré une forte concurrence du cinéma et de la télévision, le théâtre de marionnettes se maintient en s’adaptant au monde moderne. Ses commanditaires ont changé : ce ne sont plus les souverains, mais les touristes.

Bibliographie

  • Bruns, A. Burmesische Marionettenkunst. Bangkok, 2000 (thèse).
  • Cowell, E. B. The Jataka or Stories of the Buddha’s Former Births. London: Luzac & Co., 1969.
  • Ma, Thanegi. The Illusion of Life. Burmese Marionnettes. Bangkok: White Orchid Press, 1994.
  • Singer, Noel Francis. Burmese Puppets. Singapore, Oxford, New York: Oxford University Press, 1992.
  • Den Otter, E. Thabin. Burmese Puppetry, Music, Song and Dance. CD-Rom, chez l’auteur (edotter@euronet.nl, ou www.euronet.nl/users/edotter), 2000.