Le Mozambique, officiellement dénommé l République du Mozambique (en portugais Moçambique ou República de Moçambique) est situé au sud-est de l’Afrique ; sa capitale est Maputo. Le pays jouxte l’Océan Indien à l’est, la Tanzanie au nord, le Malawi et la Zambie au nord-ouest, le Zimbabwe à l’ouest, le Swaziland et l’Afrique du Sud au sud.

Les informations sur les marionnettes de ce pays sont rares mais nous disposons de quelques pistes, à commencer par le mythe fondateur du peuple Makondé. Dans une version recueillie au nord du Mozambique, la première femme est une figurine de bois sculptée qui s’anime et enfante. Son créateur, un homme, peut être considéré comme le premier sculpteur marionnettiste. La statue animée est ici investie d’une puissante magie qui va pallier la solitude, le manque, la stérilité et garantir le commencement de la lignée des Makondé.

Les marionnettes traditionnelles On peut citer plusieurs catégories de marionnettes traditionnelles. D’après le poète Virgilio de Lemos (engagé dans le mouvement anticolonialiste du pays), les Makondé pratiquent le théâtre de marionnettes depuis des temps très anciens. Leurs marionnettes sont en bois et évoluent à plusieurs avec beaucoup d’aisance. Il a vu ce théâtre dans les années soixante-dix et les spectacles, nocturnes, véhiculaient une critique sociale sévère mais bienveillante.

Les Makondé façonnent aussi de remarquables statuettes initiatiques très expressives, véritables marionnettes didactiques, qui servent à illustrer les enseignements traditionnels (comme l’initiation sexuelle). Cette instruction est dispensée séparément aux garçons et aux filles et l’initiation de celles-ci semble particulièrement importante pour le mariage et la fécondité. Par exemple, au cours des rites féminins de passage (ciputu), les jeunes filles étaient fréquemment déflorées à l’aide d’un objet (un épi de maïs par exemple), les hommes (Makondé et Mukua) n’aimant pas épouser de jeunes vierges. L’apprentissage de la sexualité se fait le plus souvent à l’aide de figurines mimant l’acte sexuel. Parmi celles-ci figurent les Vanyano, marionnettes par couple (communes à plusieurs pays d’Afrique, voir Rites), actionnées à l’aide des orteils du montreur et faites de tiges enfilées sur une ficelle (voir Marionnettes aux pieds). Le marionnettiste, assis, chante une mélopée en tapant sur ses jambes écartées et les spectateurs lui répondent. Le répertoire se compose toujours et à l’infini par une « danse d’amour qui se termine par l’acte sexuel ».

Chez les Tsonga du Mozambique, les poupées de fécondité, que certains chercheurs assimilent aux poupées théâtrales, se transmettent par les femmes de la famille. Elles appartiennent à la « connaissance profonde » et possèdent « leurs lois ». Au moment de la puberté, la fillette reçoit une figurine, mwana (enfant), avec ses instructions (symbolique des seins, des fesses, etc.), qu’elle portera sur la tête. Elle n’en parlera à personne et il faudra lui faire un cadeau pour qu’elle réponde aux questions ou montre la poupée.

Une autre manifestation intéressant le monde de la marionnette est le « danseur marionnettisé ». Par exemple, au cours des danses de fécondité makondé, le danseur, déguisé en femme, revêt un masque facial, taillé dans du bois, complété d’un plastron avec seins et nombril, orné de scarifications traditionnelles, et évolue selon un code précis. Ce déguisement appartient à la catégorie mapiko, terme qui désigne à la fois certains masques (au visage naturaliste), leur chorégraphie et la maison où ils sont conservés. Dans les maisons mapiko se trouvent aussi de petites marionnettes en bois et en chiffon, gardées dans un panier.

En 1966, l’ethnologue Viegas Guerreiro (1912-1997) signale une autre pratique « théâtrale », proche de la marionnette. Pour dénoncer un séducteur, on érige un mannequin, grandeur nature, en paille, brindilles et feuilles que l’on place sur la voie publique. Cette « effigie de la honte » ridiculise le coupable devant toute la communauté.

Les marionnettes « modernes »Dans les années soixante, dans les rues de la capitale, Maputo, des spectacles de marionnettes à fils étaient souvent donnés par des musiciens ambulants, chantant de joyeuses rengaines à la mode. Les poupées articulées, petites, découpées dans du bois clair, visage et vêtements peints ou dessinés, étaient suspendues par des ficelles ou du fil de fer à un bout de l’instrument de musique. Celui-ci était souvent rudimentaire, à percussion ou en forme de guitare (bidon vide, fil de fer, planchette) et les marionnettes dansaient à même le sol.

Après l’indépendance, en 1975, l’art de la marionnette participa aux actions civiques et milita en faveur de la politique officielle du président Samora Machel (1975-1986). Parallèlement, dans le cadre d’un projet thérapeutique à l’hôpital central de Maputo, les marionnettes servirent au contraire à dénoncer les abus de ce même pouvoir, dans la mesure où ils étaient liés aux troubles de certains patients psychotiques.

En 1997, le marionnettiste de rue Orlando Chale fut invité à la Bienal de Evora au Portugal où l’on découvrit son théâtre, la Maison du film, issu du principe de la lanterne magique. Ses figurines, articulées, sont en papier souple et s’animent sur deux niveaux, dans un édicule éclairé par une bougie. Son répertoire est comique, traite d’un quotidien occidentalisé mais reste rattaché à la tradition quand il mime des « scènes sexuelles ».

Le théâtre de rue reste très populaire, phénomène spontané, ancré dans l’actualité, et certains marionnettistes sont parfois de véritables vedettes.

Bibliographie