technique
Galerie
Une femme du Rajasthan montée sur un <em>c</em>hameau, une marionnette à fils, <em>kathputli</em>, du Rajasthan, en Inde, hauteur : 46 <em>c</em>m. Colle<em>c</em>tion : Center for Puppetry Arts (Atlanta, Géorgie, États-Unis). Photo réproduite avec l'aimable autorisation de Center for Puppetry Arts

Kathputli ka khel

Pays

Inde

Marionnettes à fils du Rajasthan, au Nord-Ouest de l’Inde. Les communautés Bhat et Nat du Rajasthan, principalement originaires du district de Nagaur, autrefois nomades et aujourd’hui semi-sédentarisées, se déplacent en familles dans la zone du désert de Thar et dans la région de Nagaur en exerçant le métier de putlivaala : marionnettistes, généalogistes ou charmeurs de serpent. En tant que généalogistes, ils recueillent les récits familiaux des personnes importantes des villages et des villes du  Rajasthan dont ils sont eux-mêmes originaires. Pour les seigneurs locaux, par exemple, ils peuvent narrer trois fois par jour, sur la place publique, les histoires familiales et les évènements survenus dans la vie de leurs ancêtres.

Comme marionnettistes, ils interprètent le kathputli ka khel (« jeu de kathputli »). Les interprètes de kathputli (kathputliwallah ou kathputli kalākāra, « artiste ») déclarent que leurs ancêtres ont joué devant les familles royales et ont reçu des marques d’honneur et de reconnaissance de leur prestige de la part des seigneurs du Rajasthan, de l’Uttar Pradesh, du Madhya Pradesh et du Punjab. Cependant ils ont joué la plupart du temps dans d’autres états et pas seulement au Rajasthan. Ils se sont déplacé en Uttar Pradesh et autres lieux où l’hindi et l’urdu (ou hindustani) étaient parlé, car la langue utilisée par le kathputli ka khel – à la fois pour les chants et les dialogues – était un mélange des deux.

Les kathputli (putli signifie poupée et kath, bois), marionnettes sculptées et peintes par les montreurs eux-mêmes, possèdent une tête insérée sur un buste mince et court. Des bras de bois ou de chiffon, articulés au coude et au poignet, pendent et bougent librement de chaque côté du corps. Comme la plupart des kathputli n’ont pas de jambes, la longue jupe en voile de coton tourne et s’enroule lors de la manipulation. Deux fils, l’un fixé autour de la taille de la marionnette et l’autre au sommet de son crâne, sont reliés à un anneau que le marionnettiste tourne entre ses doigts ou soulève pour faire danser les poupées. La marionnette qui danse, nommée Anarkali, est cependant une marionnette plus complexe qui possède environ six fils. Les marionnettes kathputli à fils n’ont pas de contrôle. Il s’agit d’une manipulation très simple, mais dont le résultat se trouve compensé par les mouvements vifs imprimés d’en haut et par le nombre de marionnettes présentes ensemble dans le taj mahal, un castelet coloré qui figure un palais. Leur longue jupe de voile de coton traîne jusqu’à terre et virevolte comme une aile puisque les kathputli sont dépourvues de jambes.

Aujourd’hui, généralement appelé le taj mahal (en référence aux fréquents voyages des kathputliwallah pour jouer en Uttar Pradesh, siège du Taj Mahal), les termes d’origine pour la scène du kathputli sont rattachés aux parties qui la composent. Ainsi, la frise au dessus des arches du proscenium était appelée jhalar (« frise ou bordure ») ; sur le côté, étaient attachées les arches (à travers lesquelles les poupées apparaissaient), nommées tibara ; et le rideau noir à l’arrière de la scène (entre le marionnettiste et les marionettes) était appelé kanath (un terme encore utilisé à propos des cloisons revêtues de tissus). Les trois parties étaient attachées à la « tente », appelée tambuda (de tambu, « tente »). Dans le passé, les khandil (lampes tempête/lanternes au kérosène) étaient placées à l’intérieur des arches, des deux côtés de la face de la scène afin de l’éclairer.

Le thème principal concerne le récit d’Amar Singh Rathore, héros du royaume de Nagaur au Rajasthan, prince rajput vivant au temps de l’empereur moghol Shâh Jahân (XVIIe siècle). Dans le kathputli ka khel, les personnages du théâtre de marionnettes Rajput sont reconnaissables par leurs moustaches et parfois la barbe coupée, séparée en deux, tandis que les personnages musulmans portent une barbe pointue. Des danseuses, des cavaliers, des chameaux et des clowns forment une distribution reflétant l’éclat des cours indiennes du Nord.

Il existe des marionnettes à subterfuge – qui jouent devant la cour et les publics – comme le behrupiya, le kathputli à corps double ou tête à deux visages, qui se change d’homme en femme, et le jadugar (magicien) qui jongle avec sa propre tête.  Un autre personage étonnant du kathputli ka khel est le sapera, le charmeur de serpent. Après avoir charmé le serpent avec son shehnai (flûte), il est mordu et meurt, mais il est heureusement rendu à la vie lorsque le serpent suce le venin. Et il y a également la charmante danseuse, Anarkali, autre personnage très populaire.

Cependant, la figure la plus importante reste celle du charmeur de serpent à qui le marionnettiste s’identifierait. Le culte du serpent semble être à l’origine des kathputli. Jeteur de sorts mais aussi guérisseur, le serpent tue, mais peut aussi régénérer par la subtilité de son venin. En fait, les kathputli, objets magiques et peut-être thérapeutiques, utilisés actuellement pour le seul divertissement, ont perdu la plus grande partie de leur pouvoir lié au serpent. Plusieurs signes gardent pourtant des traces de cette puissance : l’absence de jambes ; les mouvements ondulatoires des poupées ; les jupes d’étoffe que les montreurs superposent sans jamais détruire la plus ancienne ou la plus détériorée (référence à une mue possible ou à un changement d’aspect).

Le parler-siffler du montreur principal, le chef de famille, qui se place un mirliton de bambou dans la bouche, le boli, et délivre ainsi un récit flûté parfaitement inintelligible (voir aussi Pratique). En revanche, le texte chanté par une des femmes de la famille, dans une langue dérivée de l’hindustani (un mélange d’ hindi et d’urdu), reste compréhensible aux spectateurs. Accompagné par un dholak ou tambour à deux peaux et par des ghungroo ou clochettes, il évoque les épisodes compliqués de la vie et les exploits du prince Amar Singh Rathore, possesseur de gigantesques troupeaux de chameaux (gulab nath, champa nath, zehri nath), à la cour de Mughal, qui meurt traîtreusement assassiné de la main d’un courtisan jaloux. Les récits reprennent également les légendes des Kalbelya, nomades voisins, sans cesse en conflit avec les autres groupes locaux.

Aujourd’hui, la vitalité des kathputli, poupées guérisseuses en mal d’efficacité symbolique, ne semble pourtant pas atteinte. De nombreux groupes de marionnettistes sillonnent le Rajasthan ainsi que d’autres états du nord de l’Inde, surtout depuis la

« Révolution verte » : au cours des années soixante, une politique d’irrigation permit aux paysans d’obtenir plusieurs récoltes par an, donnant aux villageois possesseurs de terres l’occasion de célébrer par des fêtes leur reconnaissance aux dieux, en invitant baladins et marionnettistes. Ces derniers, accompagnés souvent par les conteurs Bhopa-bhopî du groupe des Bhil qui appuient leurs récits, leur musique et leur danse sur une gigantesque peinture (phad ou path), comparable à une bande dessinée, se livrent avec leurs kathputli à une activité intense pendant la saison sèche.

Depuis 1980, plusieurs ensembles de kathputli, invités par des institutions ou des festivals, sillonnent le monde.

Actuellement, il existe des troupes et des familles traditionnelles qui représentent le kathputli ka khel : certaines d’entre elles sont reconnues localement comme maîtres de marionnettes et parfois, sur le plan national, pour leur contribution à l’art de la marionnette.

(Voir Inde, Sangeet Natak Akademi Awards pour la marionnette.)

Bibliographie

  • Jairazbhoy, Nazir Ali. Kathputli. The World of Rajasthani Puppeteers. Ahmedabad: Rainbow Publishers, 2007.