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<em>Feeniks Tulilintu</em> (Phénix, Oiseau de feu, 2013) par Maria Barič Company (Helsinki, Finlande), mise en scène : Maria Barič, scénographie : Maria Barič, Petri Saunio, Nemanja Stojanovic, interprète : Petri Saunio. Photo: © 2013 Imagna Visual

Finlande

Comme les autres pays nordiques, la Finlande n’a pas de tradition de marionnettes autochtone. Certaines manifestations folkloriques pourraient s’en approcher, comme les rituels recourant aux masques et aux effigies, accomplis lors de l’abattage d’un ours (karhunpeijaiset), ou encore les déguisements et les masques des nuuttipukkit, groupes qui vont de maison en maison à la fin des festivités de Noël. En fait, la Finlande n’a rejoint qu’au XIXe siècle la pratique des autres pays européens. Il arrivait aussi que des troupes itinérantes passent par la Finlande entre Saint-Pétersbourg et Stockholm et y jouent leurs pièces pour marionnettes, pour marionnettes à métamorphose ou montrent leur theatrum mundi. Au début du XXe siècle, les pionniers de la marionnette finlandaise donnèrent leurs premiers spectacles : Kalle Nyström (1865-1933) et ses marionnettes à fils, Bärbi Luther (1898-1979) et son théâtre d’ombres et, dans les années trente, Arvo Avenius (1901-1972), artiste de cirque qui montrait des marionnettes à subterfuge.

Après la Deuxième Guerre mondiale, la Finlande reçut deux visites marquantes : en 1949 le Français Jacques Chesnais et, en 1950, le Russe Sergueï Obraztsov. Ils produisirent un engouement qui poussa des marionnettistes finlandais à donner des spectacles qui portaient la marque de ces deux influences. L’écrivaine Annikki Setälä

(1900-1970), qui avait été éveillée à la marionnette lors de ses voyages en Allemagne et en France, dirigea son propre théâtre, le Lapin Nukketeatteri (Théâtre de marionnettes de Laponie) à Rovianemi jusque dans les années soixante. Mona Leo (1903-1989) lança son Helsingfors Dockteater-Helsingin nukketeatteri (Théâtre de marionnettes de Helsinki) en 1951. Ses spectacles poétiques, enracinés dans une interprétation humaniste des contes de fées, ont été joués à l’étranger. Le Kasper-teatteri (Théâtre de Kasper), apparenté à ses cousins centre-européens fut l’œuvre d’Irja Ranin (1939-1995) et Matti Ranin (1926-2013) dans les années soixante et se produisit, en dehors des salles conventionnelles, à la télévision (Niksulan TV) pendant près de trente ans.

Des années soixante-dix au présent

Des femmes, artistes volontaires, assurèrent malgré tout la réussite du théâtre de marionnettes, jusque-là considéré comme très secondaire. La metteure en scène Sirppa Sivori-Asp (1928-2006) fut, en 1971, l’une des fondatrices du Nukketeatteri Vihreä Omena (Théâtre de la Pomme verte), premier théâtre de marionnettes vraiment professionnel en Finlande qui fut en activité pendant plus de trente ans. Elle en demeura jusque dans les années quatre-vingt-dix la directrice artistique, avant d’être remplacée par Ulla Raitahalme jusqu’en 2004, quand le théâtre a été fermé.

Le Teatteri Hevosenkenkä (Théâtre du Sabot de cheval) fut fondé en 1975 par la metteure en scène Kirsi Aropaltio (voir Kirsi Siren) et la scénographe-décoratrice Sara Siren. La compagnie créa de nombreuses pièces nouvelles pour marionnettes, dont certaines furent régulièrement reprises par le Théâtre national finlandais à Helsinki. Le Nukketeatteri Sampo (Théâtre de marionnettes Sampo) a été fondé en 1977 à Helsinki par Maija Barič et Bojan Barič, tous deux diplômés de l’Académie des arts dramatiques de Prague. À Vaasa, ville côtière du Nord, le Teatteri Peukalopotti/Teatern Tummetott (Théâtre Petit-Pouce, bilingue) pour enfants fut fondé en 1976. Plus tard, sa directrice artistique, Kristiina Hurmerinta et une marionnettiste polonaise, Anna Proszkowska, créèrent le Pandoran näyttämö (Scène de Pandore), théâtre visuel d’avant-garde visant les publics adultes. Les deux théâtres de Vaasa cessèrent leur activité en 1996. Le Teatteri Mukamas (Théâtre Mukamas) fut fondé en 1979 à Tampere. La poésie visuelle de ses spectacles était pour l’essentiel l’œuvre de deux artistes, la metteure en scène Mansi Stycz et la marionnettiste Anna Liisa Tarvainen.

Ces cinq compagnies (qui ne sont plus que trois) ont été à la base de la marionnette professionnelle en Finlande. Elles ont été ou restent financées par la subvention annuelle que l’État finlandais assure à chaque théâtre, le reste venant de la ville.

Une des particularités du théâtre de marionnettes finlandais est le grand nombre de solistes professionnels : une vingtaine dans tout le pays, où émerge une nouvelle génération longuement formée. Les marionnettistes solistes sont indépendants, et ne reçoivent qu’occasionnellement des bourses ou des aides. Ils vont à la rencontre de leur public dans les crèches et garderies, les écoles, les bibliothèques, les centres sociaux et leurs choix personnels forgent, évidemment, la physionomie du spectacle. À Helsinki, le Sytkyt de Juha Laukkanen, par ailleurs metteur en scène de nombreux opéras pour marionnettes, s’est spécialisé dans des spectacles très inspirés par l’Asie. À Rovaniemi en pays lapon, le Matkalaukkuteatteri (Théâtre Valise) de Leila Peltonen met en scène des histoires tirées du fonds culturel nordique, mais s’inspire aussi de son travail sur le continent africain. À Turku, le Marionette Theatre Mundo de Marco Pinto, d’origine brésilienne, emploie des marionnettes à fils pour son répertoire finno-brésilien. À Helsinki, l’actrice et chanteuse Satu Paavola, diplômée de l’Académie théâtrale, a donné d’impressionnants solos pour adolescents et adultes ; elle a aussi travaillé en Afrique.

La popularité de la marionnette a favorisé l’ouverture de salles en Finlande, comme le Musta ja Valkea Ratsu (Le Coursier noir et blanc) à Sysmä, dont l’âme est Eeva-Liisa Holma-Kinnunen, créatrice de Ransu le Chien de la télévision, une des marionnettes les plus célèbres de Finlande.

Plusieurs paroisses ont aussi leur théâtre où sont jouées des pièces extraites de la Bible. La plus ancienne, dans ce genre, est le Valkovilla (Blanchelaine) à Helsinki. Le Kanavana de Reima et Tricia Honkasalo s’est spécialisé depuis 1996 dans les muppets.

Les compagnies d’amateurs

La Finlande compte quelque soixante compagnies d’amateurs en activité, qui ont fortement contribué à la santé du théâtre de marionnettes. Les plus anciennes avaient en 2005 près de trente ans d’existence. Leur réseau couvre toute la diversité culturelle du pays : des régions les plus australes, celle des îles Åland où on parle suédois, aux plus septentrionales, en pays lapon. À Kangasala, près de Tampere, le Théâtre Hupilainen, fondé par Sinikka Meurman et Niina Kettunen-Niemi, a considérablement influencé, depuis 1984, la pratique amateur de la marionnette. La compagnie, semi-professionnelle, a collaboré avec des metteurs en scène professionnels finlandais ou polonais et organise tous les deux ans un festival international. Le réseau des bibliothèques et des garderies a aussi beaucoup contribué au développement de la marionnette en attirant les artistes et les publics.

Tendances récentes

Le monde de la marionnette finlandaise a donné naissance à des phénomènes intéressants. Une nouvelle organisation, Hautomo (L’Incubateur), soutenue par la municipalité de Helsinki, promeut les spectacles de marionnettes innovants. Dans la ville septentrionale d’Oulu, le théâtre Nukketeatteri Akseli Klonk, d’esprit punk-rock, travaille sous la direction de Janne Kuustie ; ses membres, majoritairement des hommes, à la différence de la plupart des troupes, manipulent des marionnettes géantes, pratiquent le théâtre d’ombres et d’objets, le théâtre de rue et les masques. Leurs pratiques peu conventionnelles, leur style parfois grotesque touche de jeunes spectateurs qui ne seraient jamais entrés dans un théâtre de marionnettes.

De nouveaux théâtres pour adultes ont été fondés, comme le Kollaasi Corp. à Turku et le Ramppi&Kuume (signifiant à peu près le Tr&Ac) à Tampere. Les spectacles pour adultes sont aussi portés sur les scènes des grands théâtres ou opéras. L’option « animation des marionnettes » est en vogue dans les écoles d’art et des cinéastes d’animation se font connaître, comme Katarina Lillqvist, qui a remporté un ours d’argent au festival de Berlin, en 1996, pour Maalaislääkäri (Médecin de campagne) d’après Franz Kafka.

Les échanges culturels

Comme toute la culture finlandaise, le théâtre de marionnettes est en forte interaction avec le reste du monde. La prise de conscience des possibilités artistique du médium, en revanche, date des années quatre-vingt avec le festival de Vaasan Kesä (l’Été de Vaasa) qui permet aux compagnies internationalement renommées de se produire et de dispenser des enseignements. Peu façonnés par la tradition, les marionnettistes finlandais ont toujours été accueillants aux innovations : les marionnettes à gaine furent délaissées et toutes sortes de techniques furent adoptées, notamment les scènes ouvertes et la manipulation à vue. Le style et la forme, eux, furent très influencés par les écoles polonaises et tchèques.

Les marionnettistes finlandais développent les relations avec ceux de leurs confrères étrangers qui travaillent et enseignent parmi eux, comme Jakup et Josef Krofta de République tchèque, Eric Bass des États-Unis, Tomas Alldahl de Suède, Rene Baker de Grande-Bretagne et Neville Tranter des Pays-Bas.

L’enseignement

L’enseignement de la marionnette a suivi la ligne ascendante de la pratique de l’art. En 1983, l’Académie théâtrale de Helsinki a lancé un enseignement professionnel dispensé par des professeurs finlandais ou étrangers.

À Vaasa, les amateurs ont disposé entre 1987 et 1991 de cours donnés par la faculté de marionnettes de l’École supérieure de théâtre de Wrocław en Pologne (voir Wydział Lalkarski we Wrocławiu). Le Comité nordique du théâtre a organisé un séminaire de qualification professionnelle en 1984-1985, qui a eu d’importantes retombées dans les pays concernés. Dans le même ordre d’idées, le projet baltique commun d’enseignement de la marionnette est concrétisé. En outre, l’institut Pieksämäki propose un programme de formation pour adultes homologué par l’Union européenne et qui délivre des diplômes sanctionnant une qualification.

Cependant, le premier enseignement professionnel à plein temps est l’œuvre de la scénographe Kitta Sara à Turku en 1994. Le département Marionnettes de Turku fut dirigé d’abord par Michael Meschke, puis par Ari Ahlholm, diplômé de l’école de Turku. Le troisième cycle de quatre années se déroula de 2001 à 2005, et le quatrième a commencé en 2003. Sa nouvelle directrice, Anna Ivanova, diplômée de l’Académie théâtrale de Saint-Pétersbourg, travaille fructueusement avec les marionnettistes finlandais et ceux du monde entier. Elle développe la TIP (Turku International Puppetry)-Connection pour établir dans la ville un centre des arts de la marionnette.

Bibliographie

  • Falke, Ishmael. Carrot, sticks and a Black Box – A Guide for the Practise of Contemporary Puppet Theatre. Turku: Sixfingers Theatre, 2011.
  • Falke, Ishmael. Keppi, porkkana ja musta laatikko – nykynukketeatterin opaskirja [Un Guide pour le practise de théâtre de marionnettes contemporain]. Turku: Sixfingers Theatre, 2011.
  • Hirn, Sven. Nukketeatterimme varhaisvaiheet [Le début de théâtre de marionnettes en Finlande]. Helsinki: SKS, 2010.
  • Muurinen, Teija, Timo Väntsi, and Sari Witting. HOKSNOKKA Kirsti Huuhkan nukenrakennusohjeita [HOKSNOKKA Manuel d’instructions de fabrication de marionnettes par Kirsti Huuhka]. Helsinki: Draamatyö, 2012.
  • Peltonen, Leila, and Marjut Tawast, eds. Nukketeatteria suomalaisilla näyttämöillä [Théâtre de marionnettes en Finlande]. Helsinki: LIKE, 2009.
  • Räisä, Hannu. Nasty Puppet nukketeatteritekniikoita [Nasty Puppet techniques de théâtre de marionnettes]. Helsinki: Johnny Kniga, 2009.